Accueil » Actualité Santé » Première mondiale : naissances de deux chimères porc-singe

Première mondiale : naissances de deux chimères porc-singe

Porcelet hybride ayant développé à la fois de l’ADN de cochon et de singe.
Porcelet hybride ayant développé à la fois de l’ADN de cochon et de singe. Crédits : Tang Hai
Partager

Une équipe de chercheurs chinois a réussi, pour la première fois, à faire naître des porcelets dont certains organes comportent des cellules de singes. Les chimères sont mortes quelques jours plus tard. Dans un contexte de pénurie mondiale d’organes, cette réussite éphémère apporte questions et espoirs.

Comment les scientifiques ont créé deux chimères porc-singe

Pour réaliser cette expérience annoncée dans The New Scientist et produire des porcelets chimériques, l’équipe du Laboratoire d’État sur les cellules souches et la biologie reproductive de Pékin (Chine) a mis au point un protocole ingénieux.

Les scientifiques ont d’abord génétiquement modifié des cellules de macaque crabier (Macaca fascicularis), afin de leur faire produire une protéine fluorescente, le GFP (Green Fluorescent Protein), qui les fait briller d’un vert vif. Ces cellules luminescentes ont ensuite été dérivées en cellules souches embryonnaires, elles aussi porteuses de la protéine GFP. Ce sont ces cellules souches qui ont été injectées dans les embryons de porcelets et dont l’équipe a pu suivre l’évolution au cours du développement foetal de l’animal.

Schéma montrant le protocole expérimental mis au point pour aboutir à la création de chimères porc-singe.
Protocole expérimental mis au point pour aboutir à la création de chimères porc-singe. Crédits : Rui Fu et al. 2019

Un fort taux d’échec : 4 000 embryons pour 2 chimères

Au total, les cellules luminescentes de macaque crabier ont été injectées dans 4 000 embryons. Parmi eux, seulement 10 sont arrivés à terme et 2 d’entre eux ont développé les deux ADN de cochon et de singe. Les cellules concernées étaient présentes dans la peau, le foie, la rate, le coeur et les poumons des animaux.

Après analyse, L’équipe de chercheurs chinois a conclu à un rapport d’une cellule de macaque crabier pour 1 000 à 10 000 cellules porcines. Un rapport faible puisque les chimères sont donc porcines à plus de 99 %. Cependant, cette proportion est bien supérieure à celle trouvée après la tentative de chimérisation porc-humain de 2017.  

Une équipe de scientifiques du Salk Institute, en Californie (Etats-Unis), a laissé des embryons hybrides de porcelets et de cellules humaines se développer pendant 4 semaines. Après les avoir extraits et analysés, les scientifiques ont déterminé n’avoir réussi à faire croître qu’une seule cellule humaine pour 100 00 cellules porcines.

Espoirs et questionnements de la chimérisation pour la transplantation d’organes

Une solution pour la transplantation d’organes ?

Le but ultime de cette expérience publiée dans la revue Protein & Cell est de développer des organes humains chez les animaux, en particulier le cochon. La taille des organes de cet animal est en effet très proche des nôtres. Ceux-ci pourraient alors servir à la transplantation et apporter une solution durable à la pénurie d’organes actuelle. A titre d’exemple, 25 000 patients français étaient en attente de greffe en 2018, dont 5 800 seulement ont pu être greffés.

Des problématiques éthiques

Néanmoins, le développement de cellules humaines dans l’organisme d’un animal présente de nombreux problèmes éthiques. En particulier, les scientifiques craignent que lors de ces expériences, les cellules humaines ne se développent dans le cerveau de la chimère. La conséquence de ce développement pourrait alors être l’obtention, pour l’animal, d’une conscience humaine.

C’est pourquoi, à l’heure actuelle, les expériences continueront en utilisant des cellules de primates. Les scientifiques espèrent à l’avenir être en mesure de développer un organe entièrement composé de cellules de singe, dans le corps d’un porcelet.

Un constat « assez décourageant » pour cette expérience exclusive

Si cette annonce est une première mondiale, le résultat semble « assez décourageant », d’après la déclaration au New Scientist du biologiste Paul Knoepfler, spécialiste des cellules souches de l’Université de Californie (Etats-Unis).

Un constat appuyé par la mort des deux chimères et des huit autres porcelets peu de temps après leur naissance. Mais le fait que les porcelets non-hybrides soient eux aussi décédés laisse à penser que ces décès seraient liés à la procédure de fécondation in vitro (FIV), et non pas à l’injection de l’ADN de singe.

Partager
Ecrit par
Bandrui
Voir tous les articles
Laissez un commentaire