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Science des rêves : voyage au cœur du sommeil

Enfant face à une girafe géante
Crédits : 4144132 - Pixabay
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Et si l’on parlait aujourd’hui des rêves, ces situations fantasques qui animent chaque nuit notre sommeil paradoxal ? En effet, cette étape de notre cycle de sommeil fait l’objet de nombreux travaux scientifiques… et de diverses idées reçues.

Qu’est-ce que le sommeil paradoxal ?

Avant de nous pencher sur le rêve en particulier, il est important de situer le sommeil paradoxal dans le cycle de sommeil et de nous remémorer ses principales caractéristiques.

Les phases du sommeil

Le sommeil est une succession de phases, composant des cycles qui eux-mêmes s’enchaînent tout au long de la nuit. Un cycle de sommeil dure environ 90 à 100 minutes et en moyenne, 4 à 6 cycles par nuit se suivent, selon la durée du sommeil.

Globalement, le sommeil se décompose en deux principales parties : le sommeil lent et le sommeil paradoxal. La première phase, le sommeil lent, est lui-même différencié en 3 stades.

  • L’endormissement est un stade de transition entre l’éveil et le sommeil. A ce moment, on somnole plus qu’on ne dort. C’est à ce stade que l’on peut avoir l’impression de tomber dans le vide !
  • Le sommeil lent léger est la première véritable phase de sommeil. Il représente environ 50 % du temps de repos total. Au cours de ce stade, le dormeur peut se réveiller facilement : une lumière ou un bruit peuvent suffire.
  • Le sommeil lent profond constitue entre 20 et 25 % de notre temps de sommeil total. Lors de cette phase, l’activité cérébrale est réduite au minimum et tout l’organisme est en phase de récupération. Les stades de sommeil lent profonds sont plus longs sur les premiers cycles de sommeil.

Une fois les stades du sommeil lent terminés, le dormeur entre dans la phase du sommeil paradoxal, au cours de laquelle survient la majorité des songes.

Schéma des différentes phases du cycle de sommeil
Hypnogramme : succession de cycles de sommeil et ses différentes phases.
De haut en bas :
– : stade d’éveil
REM : sommeil paradoxal, ou sommeil REM
I : phase d’endormissement
II : sommeil lent léger
III : sommeil lent “intermédiaire”
IV : sommeil lent profond

Crédit : Markus Mueller – Wikipedia

Le sommeil paradoxal, ou sommeil REM

Pendant la phase de sommeil paradoxal, nous montrons simultanément des signes de sommeil très profond et des signes d’éveil. Elle s’installe environ 75 minutes après le début d’un cycle, en tant que théâtre de la majorité de nos rêves.

On appelle également ce stade sommeil REM, pour rapid eye movement. En effet, au cours du sommeil REM, l’activité cérébrale est très intense et l’on constate de nombreux mouvements oculaires. Pourtant, nos muscles eux, sont bel et bien paralysés.

Cette phase représente 20 à 25 % de notre temps de sommeil total. Le sommeil REM est particulièrement présent en fin de nuit, lors des derniers cycles de sommeil. A ce moment, nos cycles se constituent principalement d’une alternance de sommeil léger et de sommeil paradoxal.

Ainsi, la durée de nos rêves s’allonge au fur et à mesure de l’avancée de la nuit. Ceux des premiers cycles dépassent rarement les 10 minutes, tandis que ceux que nous faisons en fin de nuit peuvent durer jusqu’à 30 minutes !

A quoi servent les rêves ?

En l’état actuel de la science, les chercheurs pensent que les rêves servent trois objectifs :

  • consolider la mémoire ;
  • digérer les émotions et événements récents de la vie réelle ;
  • entraîner le dormeur à affronter ses peurs.

En effet, les scientifiques ont établi il y a quelques temps maintenant que lorsque l’on rêve, le cerveau digère et organise les informations qu’il a engrangé tout au long de la journée (savoirs nouveaux, événements divers). C’est pourquoi on se souvient généralement mieux d’une tâche ou d’une leçon après avoir dormi dessus.

Très récemment, une équipe de chercheurs en neurosciences de l’Université de Genève a démontré, au cours d’une expérience, que le réalisme du rêve surpasse celui de l’imagination. Dans leur publication, les scientifiques avancent que les rêves du sommeil paradoxal agiraient comme un simulateur, pour nous entraîner à affronter et réagir face à nos peurs dans la vie réelle.

Personne face à une ombre menaçante dans le brouillard
Les rêves nous préparent à affronter nos peurs dans la vraie vie.
Crédits : Kellepics – Pixabay

Rêves et neurosciences, les capacités surprenantes du cerveau

Le sommeil paradoxal et les rêves constituent un formidable terrain d’expérimentation pour les chercheurs en neurosciences ! Le cerveau dispose de capacités surprenantes dont nous sommes encore loin d’avoir percé tous les secrets.

Le cerveau filtre les bruits pour protéger les rêves

Ainsi en mai 2020, des scientifiques du CNRS et de l’ENS-PSL ont montré que le cerveau possède la faculté de filtrer les informations en provenance de son environnement durant le sommeil. Par conséquent, l’encéphale va pouvoir amplifier ou supprimer les sons alentours, selon si le dormeur rêve ou non.

Les neuroscientifiques posent l’hypothèse que cette possibilité pour le cerveau d’éliminer les sons pendant les rêves vise à les protéger. En effet, comme mentionné plus haut, le sommeil paradoxal et les rêves qui l’accompagnent sont essentiels à l’équilibre des personnes. Gestion des émotions, consolidation des apprentissages et même, semble-t-il, entraînement à l’affrontement de nos peurs, passent par les rêves.

Les cauchemars altèreraient la qualité du sommeil

En 2010, les scientifiques Hall et Van der Castle ont constitué une échelle d’analyse des songes, à partir d’une base de données riche de milliers de récits oniriques. Leur constat ? Les émotions négatives prédominent dans 82 % des songes : ce sont les fameux cauchemars.

Initialement nécessaires pour gérer les émotions et surmonter les négatives, les cauchemars peuvent néanmoins nuire à la qualité du sommeil. En effet, ils peuvent causer des réveils nocturnes plus ou moins fréquents. Cette rupture dans l’enchaînement des cycles de sommeil en altère la qualité et peut engendrer des états de fatigue diurne plus ou moins importants.

Certaines personnes font même tellement de cauchemars qu’elles craignent de s’endormir et développe des insomnies. Ce peut être le cas également de personnes en situation de stress post-traumatique. Dans de telles situations, mieux vaut se faire aider par un professionnel de santé.

personne faisant un cauchemar
Les cauchemars récurrents peuvent fortement dégrader le sommeil d’une personne.
Crédits : Syaibatulhamdi – Pixabay

Quid des rêves lucides ?

Ha, les rêves lucides ! S’ils font tant parler d’eux, il y a bien une raison à cela, non ? Tout d’abord, rappelons ce qu’est un rêve lucide ; à savoir, un rêve dans lequel le dormeur a un éclair de lucidité. Il prend soudainement conscience qu’il est en train de rêver et peut éventuellement prendre le contrôle de son imaginaire.

Plus précisément, le psychologue allemand Paul Tholey a défini quatre critères essentiels pour distinguer le rêve normal du rêve lucide :

  • avoir conscience que l’on est en train de rêver ;
  • être en possession de son libre-arbitre,
  • disposer de ses facultés normales de raisonnement,
  • percevoir le rêve avec tous ses sens, comme dans le monde réel.

On sait également aujourd’hui qu’il n’est pas forcément possible de prendre le contrôle total d’un rêve lucide. Certaines personnes ont conscience d’être dans un rêve mais subissent le scénario défini par leur cerveau. D’autres encore ont à peine le temps de réaliser qu’elles font un rêve lucide car celui-ci redevient un songe classique immédiatement après.

En 2014, des travaux conduits par une équipe de neuroscientifiques allemands ont montré que des stimulations électriques, envoyées dans le cerveau pendant une phase de sommeil paradoxal, ont provoqué des éclairs de lucidité chez 77 % des dormeurs. De nombreuses techniques existent, pour tenter de faciliter la survenue de rêves lucides (Ne tentez pas l’expérience des stimulations électriques, bien entendu.). Je vous laisserai faire vos propres recherches à ce sujet !

Personne nageant dans du bitume
Si vous faites un rêve lucide, même les lois de la physique peuvent se plier à votre volonté !
Crédits : Comfreak – Pixabay

Sommeil paradoxal et songes, la recherche scientifique continue

Les songes concernent la totalité de l’humanité, chaque nuit. Tout le monde rêve, de plusieurs façons différentes : les non-voyants perçoivent des sons, odeurs et sensations tactiles, environ 12 % de la population rêve en noir et blanc…

Néanmoins, de nombreux scenarii de rêves se retrouvent universellement. Aussi ce sont des centaines d’équipes de chercheurs à travers le monde qui, de leurs expériences, tentent de décrypter les mystères oniriques du sommeil REM.

Le mécanisme et les objectifs des songes recèlent encore bien des secrets. Et vous, quel est celui que vous souhaiteriez voir révélé ?

Pour allez plus loin

Centre de Recherche en Neuroscience de Lyon
CNRS Le Journal : Lever le voile sur les rêves
Claire Mallet. Les cauchemars dans l’état de stress post-traumatique. Impact des séances de blocage de la reconsolidation mnésique sous propranolol sur les cauchemars post-traumatiques. Médecine humaine et pathologie. 2018.
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Ecrit par
Bandrui
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